Réflexion sur l’effritement du récit et de la raison du voyage dans la littérature moderne.
Le propos se construit autant autour d’une relecture de certains textes canoniques (Le Tour du monde en 80 jours, La Nausée, La Vie mode d’emploi) qu’autour d’un corpus encore peu étudié (une lettre de Freud, certains textes de Michaux, un récit posthume de Sartre). Est également abordée une écriture “extrême-contemporaine”, avec des auteurs comme Jean-Philippe Toussaint, Éric Chevillard, Olivier Rolin, François Bon, Philippe Vasset.
Sommaire
Prologue. Et ce voyage, mais où est il, ce voyage ?
Chapitre 1. Du voyage. Trouble du récit
« Incroyance » : la lettre du voyageur
La nausée du voyage
Le récit de voyage manqué
Paysage défait
Chapitre 2. De l’autre côté du miroir. Le non-lieu
Là où je ne suis pas
Mort à Sfax
De l’autre côté du miroir
Chapitre 3. Terra cognita. Figures du voyageur absolu
Le tour du monde, « mathématiquement »
Imago mundi
Omnivoyance
Jour fantôme
Chapitre 4 Le voyageur traducteur. Topographies mélancoliques
La loi de Babel
Barbarus hic ego
Exotisme, mélancolie du dictionnaire
Expatriation
Chapitre 5 De l’autre. Espèces et espaces
Être autre : de l’étranger à l’étrange
Lieux de vertige : l’animal
Le regard du chat
Où sont les hippopotames ?
Les mots, les animaux
Chapitre 6 Utopies, dystopies, atopies. Lieux de mémoire et d’oubli
Cartes postales pour Valène
L’utopie impossible
L’arrière des villes
Zones blanches, zones aveugles
Épilogue La carte du Colisée, ou l’autre du voyage
Bibliographie
Résumé
"Et ce voyage, mais où est-il ce voyage ?" Reprenant la question obsédente du narrateur dans Ecuador, l'auteur s'interroge sur le devenir du voyage, comme récit et comme relation à l'Autre, dans la littérature moderne. Puisqu'il n'y aurait plus de terrae incognitae, plus ces "coffrets magiques aux promesses rêveuses", où éprouver désormais la réalité de l'ailleurs, et comment en rendre compte ?
Tour à tour, Verne, Freud, Michaux, Sartre, Perec, Toussaint, Chevillard, Rolin et d'autres encore sont convoqués et revisités. Sous leur plume, ce ne sont que temps improductif, départs sans arrivées, espaces incompris et paysages défaits.
Un genre nouveau est bel et bien né: le récit de dévoyage conduisant à la quête d'un soi, maigre, inquiet et fantomatique. Le présent ouvrage en témoigne avec finesse.
Qu'il s'agisse d'une oeuvre singulière ou d'un vaste ensemble de textes, qu'elle interroge un genre littéraire ou une question posée en esthétique, cette collection privilégie l'analyse de l'écriture pour comprendre ce qu'il en est de la littérature. Multiple, paradoxale, l'écriture s'entend ici selon la complexité d'opérations langagières, dans les trajets esquissés comme dans les images qu'elle propose ou qu'elle laisse s'effacer.
C'est donc bien à l'imaginaire qu'on intéresse ici, non pas celui du lecteur ou du scripteur, insaisissable en son principe, mais bien celui, à la fois attesté et dérobé, qu'une langue revêt lorsqu'elle s'expose à l'invention d'une forme.
« Tout le travail des textes, tous les trajets dans l'imaginaire »